
L’édition 2026 du classement mondial de la liberté de la presse, rendu public par Reporters sans frontières (RSF) montre une dégradation de la situation dans la majorité des pays. Par rapport à la précédente édition, le nouveau classement révèle que 100 pays sur 180 ont vu leurs scores baisser, « dans un contexte de pressions politiques accrues, de dérives autoritaires et de fragilisation économique des médias ». Selon le classement, l’Afrique n’a pas été épargnée par la dégradation de la liberté de la presse. « Dans le Sahel, les régimes militaires du Burkina Faso (110e), du Mali (121e) et du Niger (120e) restreignent fortement la presse au nom de la sécurité nationale, le Niger enregistrant la plus forte chute du Classement mondial en dégringolant de 37 places », précise le rapport dont nous vous proposons un extrait sur la situation au Mali, Niger, Burkina Faso, Guinée et Togo.
Togo : 97 / 180 avec un score de 52,56.
Malgré un paysage médiatique pléthorique, les médias d’État peinent encore à fournir une information de service public au Togo. La situation de la liberté de la presse reste dépendante du contexte politique.
Paysage médiatique
Avec environ 234 titres, 94 radios et une dizaine de chaînes de télévision, le Togo dispose d’un paysage médiatique foisonnant. Si le quotidien privé Liberté fait partie des journaux les plus lus, le bi-hebdomadaire L’Union pour la Patrie est aussi réputé. La télévision la plus suivie reste la Télévision Togolaise (TVT), la seule chaîne de télévision d’État. Malgré ce paysage médiatique abondant et l’apparition de nouveaux médias d’information en ligne, rares sont ceux qui fonctionnent en toute indépendance des forces politiques. Le quotidien Liberté a déjà fait l’objet d’une suspension d’un mois, en 2023, et le journal d’investigation indépendant, L’Alternative, a déjà été obligé d’arrêter temporairement ses activités, et reste dans le viseur des autorités.
Contexte politique
Au Togo, la situation de la liberté de la presse est dépendante du contexte politique. En période électorale notamment, l’autocensure reste de mise pour les journalistes, qui subissent des pressions de la part du gouvernement comme des membres de l’opposition. L’État et les acteurs politiques exercent une grande influence sur le traitement de l’information : le pouvoir politique nomme et peut licencier les responsables des médias publics, ainsi que le président de l’instance de régulation des médias. Les autorités s’attaquent aux journalistes et aux médias critiques, par l’intermédiaire de plaintes, de suspensions ou de cyberespionnage.
Cadre légal
Au Togo, la liberté de la presse est reconnue et garantie par l’État. Le Code de la presse ne prévoit plus de peine privative de liberté depuis 2004, mais il est régulièrement contourné, notamment lorsque les articles concernent des hauts responsables politiques. Un texte adopté en 2020 garantit quant à lui l’indépendance du journalisme et l’accès à l’information, à condition de respecter le “secret défense”. L’accès à l’information reste tout de même difficile pour les journalistes, en particulier pour ceux des médias privés et critiques envers les autorités, surtout lorsqu’il s’agit d’informations qui concernent l’État.
Contexte économique
Les médias sont confrontés à d’importantes difficultés financières. Ces contraintes économiques favorisent la corruption et empêchent les médias de fonctionner de façon libre et indépendante. S’il est aisé de créer des médias en ligne ou un journal, il est bien plus compliqué de lancer une radio ou une chaîne de télévision. L’Observatoire togolais des médias, autorité morale qui équivaut au premier niveau de régulation, ne dispose pas de ressources financières suffisantes pour être vraiment efficace.
Contexte socioculturel
Si les journalistes peuvent traiter la grande majorité des thèmes de société sans crainte de représailles, ils préfèrent éviter de traiter des sujets tabous comme la corruption et les questions relatives au président de la République et sa famille.
Sécurité
La sécurité des journalistes reste un problème préoccupant, notamment pour les journalistes d’investigation dénonçant la corruption ou des affaires d’État, qui peuvent faire l’objet de graves représailles. Ils sont régulièrement victimes de pressions, voire même d’agressions physiques et de destruction de matériel. À l’inverse, certains reçoivent parfois des avantages pour adopter une position qui s’aligne sur l’agenda du régime. Lorsqu’ils résistent, ils font l’objet d’une surveillance étroite et sont parfois victimes de cyberespionnage sur leurs téléphones portables, via par exemple le logiciel espion Pegasus. Enfin, les menaces de fermeture ou les suspensions de médias inquiètent les journalistes.
Burkina Faso : 110 / 180 avec un score de 48,52.
La montée de l’insécurité et l’instabilité politique, liée aux deux coups d’État survenus en janvier et en septembre 2022, ont considérablement dégradé les conditions d’accès à une information plurielle et l’exercice d’un journalisme libre. Le “traitement patriotique” de l’information cher au capitaine Ibrahim Traoré, président de transition, a pris le pas sur la possibilité d’exercer un travail journalistique rigoureux.
Paysage médiatique
Le Burkina Faso bénéficie, historiquement, d’un paysage médiatique dynamique, professionnel et pluraliste. Le pays compte plus de 80 journaux (Sidwaya, L’Événement, Le Pays), 185 radios (Omega FM et plusieurs autres), une trentaine de chaînes de télévision (Radiodiffusion Télévision du Burkina, BF1) et plus d’une centaine de sites d’information (faso.net, Faso 7, Burkina 24). Si la culture du journalisme d’investigation est historiquement répandue dans le pays, elle y est aujourd’hui menacée en raison de la dégradation du contexte politique et sécuritaire, qui a entraîné une augmentation considérable des pressions, des exactions et, dès lors, de l’autocensure au sein de la profession. Certains journalistes critiques ont été contraints à l’exil.
Contexte politique
Les intimidations envers les journalistes se sont multipliées ces dernières années. Lors des coups d’État de 2022, des putschistes armés sont entrés dans les locaux de chaînes de télévision nationales et ont imposé aux journalistes la lecture de leurs communiqués. La junte au pouvoir n’hésite pas à museler les médias nationaux et étrangers en les suspendant. Les interrogatoires par l’Agence nationale de renseignements se sont également normalisés. Certains journalistes burkinabè abandonnent la profession ou sont contraints à l’exil depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré.
Cadre légal
La liberté de la presse et le droit à l’information sont consacrés par la Constitution depuis 1991, et le délit de diffamation ne conduit plus à des peines d’emprisonnement. Néanmoins, il reste passible de lourdes amendes pouvant entraîner la fermeture pure et simple des médias concernés. La dégradation de la situation sécuritaire a conduit, en 2019, à une modification du Code pénal, qui criminalise la diffusion d’informations sur les opérations militaires, alimentant ainsi l’autocensure. Votée en novembre 2023, la réforme du régulateur des médias, le Conseil supérieur de la communication (CSC), renforce le contrôle du pouvoir sur l’espace médiatique du pays, en permettant au chef de l’État d’en nommer lui-même le président. La possibilité d’une collaboration régionale entre les régulateurs des médias de l’Alliance des États du Sahel (AES) inquiète également la profession.
Contexte économique
Les médias burkinabè évoluent dans un contexte précaire. Les difficultés se sont accrues avec la crise sanitaire de la COVID-19, qui a entraîné une réduction drastique des recettes publicitaires. Les journalistes ont généralement peu de moyens et de matériels pour réaliser des reportages. Les médias indépendants croulent sous les impayés et nombre d’entre eux doivent repenser leur modèle économique. Ceux qui sont suspendus par le CSC peinent à reprendre leurs activités une fois la sanction levée.
Contexte socioculturel
Au Burkina Faso, l’un des sujets les plus sensibles reste la religion. Des groupes religieux très actifs surveillent et exercent une pression sur le débat public, constituant une menace pour la liberté d’expression et pouvant entraîner de l’autocensure. Depuis quelques années, les sujets sécuritaires, militaires et de bonne gouvernance sont également devenus tabous. Les zones de conflits, où des exactions ont été documentées par différents médias et ONG, sont désormais des déserts informationnels.
Sécurité
Les violences envers les journalistes, qu’elles proviennent des groupes armés ou des autorités, se sont multipliées ces dernières années. Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, les autorités sont responsables de l’enlèvement et de la réquisition d’au moins une douzaine de journalistes critiques du pouvoir, une méthode de répression utilisée contre plusieurs professionnels de l’information. En avril 2021, pour la première fois depuis plus de 20 ans, deux journalistes espagnols, David Beriain et Roberto Fraile, ont été tués par des membres de groupes armés alors qu’ils étaient en reportage dans l’est du pays, à proximité de la zone dite des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso).
Mali : 121 / 180 avec un score de 45,63.
L’insécurité liée à la menace terroriste, conjuguée à l’instabilité politique, compromet l’accès des journalistes aux informations. La libération du journaliste français Olivier Dubois, en 2023, après 711 jours de captivité, n’a pas fait oublier les risques auxquels sont exposés les professionnels des médias au Mali.
Paysage médiatique
La chute du régime dictatorial de Moussa Traoré, en 1991, a entraîné une véritable explosion du nombre de médias. Le pays compte aujourd’hui environ 200 journaux, plus de 500 radios et plusieurs dizaines de chaînes de télévision, y compris régionales. Ces nouveaux organes de presse sont venus concurrencer les médias d’État : ORTM pour l’audiovisuel et L’Essor pour la presse écrite. Les programmes et la couverture médiatique reflétaient une réelle diversité des voix dans le pays, jusqu’à la suspension définitive des médias français RFI et France 24, en avril 2022. La radio Mikado FM, lancée en juin 2015 par les Nations unies et animée par des journalistes locaux, a définitivement fermé ses portes fin novembre 2023.
Contexte politique
En principe, les journalistes et les médias sont libres de couvrir l’administration, et les médias privés sont relativement indépendants. Cependant, les journalistes sont particulièrement fragilisés par la situation politique et le durcissement de la junte au pouvoir. Les pressions pour un “traitement patriotique” de l’information se multiplient et les correspondants étrangers sont devenus persona non grata. La Haute Autorité de la communication (HAC) et les médias d’État sont complètement inféodés à leur autorité de tutelle, et les pouvoirs publics peuvent révoquer leurs responsables. La suspension de Joliba TV fin 2024, décidée par la HAC après une plainte déposée par son homologue burkinabè, laisse craindre un contrôle régionalisé de l’information. La HAC, qui a renforcé sa répression fin 2025 en suspendant plusieurs radios et télévisions après des émissions critiques des autorités, a par ailleurs interdit aux médias de couvrir l’ensemble des activités politiques.
Cadre légal
L’activité médiatique au Mali est encadrée par la loi sur la presse, qui détermine les conditions d’exercice du métier, bien qu’elle soit vague et ne définisse pas les délits de presse ni ne contienne de dispositions sur les médias en ligne. Un processus visant à réviser le cadre légal obsolète dans lequel évoluent les journalistes a été initié ces dernières années. Les professionnels du secteur attendent notamment des réformes mettant fin aux peines privatives de liberté pour les délits de presse, institutionnalisant l’aide publique et améliorant l’accès à l’information et l’identification des journalistes et médias professionnels. Les médias publics continuent à accéder aux informations provenant de l’État plus facilement que les médias privés. Alors que la loi sur la cybercriminalité continue de faire débat au sein de la corporation, elle a été utilisée pour placer un journaliste sous mandat de dépôt en novembre 2025.
Contexte économique
Les journalistes et médias maliens vivent dans une grande précarité, ce qui les rend vulnérables aux influences et à la corruption. Ces difficultés ont été accrues par la baisse des recettes publicitaires due à la crise sanitaire et l’arrêt total, ces dernières années, de l’aide publique à la presse.
Contexte socioculturel
Les conflits intercommunautaires, l’extrémisme et la présence de groupes armés, empêchent le libre exercice du journalisme, notamment dans le nord et le centre du Mali. Les attaques envers la presse basées sur des critères de genre, de classe ou d’ethnie existent. Ces contraintes socioculturelles sont génératrices d’autocensure.
Sécurité
En raison de la présence de groupes armés et de l’insécurité, travailler en dehors de la capitale, Bamako, est désormais extrêmement risqué pour les journalistes, comme en atteste l’enlèvement durant presque deux ans du reporter français Olivier Dubois à Gao, en avril 2021, par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. L’assassinat du journaliste Abdoul Aziz Djibrilla et l’enlèvement de deux de ses confrères, en novembre 2023, témoignent des risques auxquels les journalistes font face dans le nord du pays. La disparition en 2016 et la probable mort à la suite de torture dans les prisons secrètes de la Sécurité d’État du journaliste Birama Touré rappellent que l’usage de la méthode forte pour faire taire un journaliste existe. L’influence grandissante du pouvoir russe a également des conséquences sur la profession : au moins deux journalistes ont dû quitter le pays après des reportages sur la présence de Wagner dans le pays.
Guinée : 111/ 180 avec un score de 48,45.
Le régime issu du coup d’État de septembre 2021 n’a pas tenu ses promesses de garantir la liberté de la presse en Guinée. L’année 2024, suivie par l’élection de Mamadi Doumbouya à la présidence fin 2025, a consolidé un tournant dans la répression de la presse privée, avec notamment la censure de médias critiques et l’enlèvement d’un journaliste.
Paysage médiatique
La presse écrite s’est développée depuis les années 1990 : sur 65 hebdomadaires existants, dix paraissent régulièrement, qu’il s’agisse de journaux satiriques comme Le Lynx, ou de journaux d’information générale comme L’Indépendant. Le secteur audiovisuel est composé d’environ 60 radios et d’une dizaine de chaînes de télévision. En ligne, une centaine de sites d’information ont vu le jour en 25 ans. Pourtant, la production d’informations critiques est mise à mal par les autorités de la transition, qui ont censuré, en toute illégalité, quatre radios et deux télévisions privées en mai 2024. Avant cette décision, les radios faisaient l’objet de brouillages constants depuis six mois. Les restrictions d’accès à des sites d’informations indépendants ne sont pas rares.
Contexte politique
Alors que le gouvernement de transition s’était engagé auprès de RSF à respecter la liberté de la presse, juste après son arrivée au pouvoir en octobre 2021, les atteintes commises par les autorités se sont multipliées, notamment via la censure de plusieurs médias au ton libre et à grande audience. L’organe de régulation des médias, la Haute Autorité de la communication (HAC), a tendance à s’aligner sur les autorités de la transition et a adopté une ligne plus dure envers les médias critiques. En décembre 2023, elle a retiré trois chaînes de télévision de bouquets télévisuels – dont deux sont désormais interdites – pour des raisons de “sécurité nationale”. C’est également un “problème sécuritaire” que le ministre des Affaires étrangères avait invoqué pour expliquer le blocage de l’accès aux réseaux sociaux dans le pays durant trois mois début 2024.
Cadre légal
La fin des peines privatives de liberté pour les délits de presse consacrée dans la loi sur la liberté de la presse promulguée en 2010 constitue une avancée majeure pour protéger les journalistes. Toutefois, il arrive que cette loi soit contournée : un journaliste a passé un mois et demi en détention avant d’être condamné à six mois de prison avec sursis dans le cadre de son travail en 2024. Des journalistes continuent de faire l’objet de convocations ou d’arrestations, comme ce fut le cas pour une dizaine de journalistes en octobre 2023, puis en janvier 2024. La loi organique portant sur le droit d’accès à l’information publique et instaurant le principe de transparence n’est toujours pas en vigueur malgré son adoption en novembre 2020.
Contexte économique
En Guinée, les médias de service public sont favorisés aux dépens des médias privés, l’État leur donnant la priorité dans l’accès aux événements officiels et pour effectuer les communications gouvernementales. Les subventions accordées aux médias privés sont jugées insuffisantes. Les médias privés fonctionnent surtout grâce aux annonceurs. Mais lorsqu’ils sont restreints ou censurés, ces annonceurs se montrent frileux et résilient les contrats. L’interdiction de plusieurs médias critiques en mai 2024 a engendré la perte de plus de 700 emplois dans le secteur de la presse.
Contexte socioculturel
Quelques sujets comme l’homosexualité la polygamie ou les violences conjugales sont traités avec une certaine prudence, voire de la retenue pour ne pas heurter la morale publique. Il arrive également que des journalistes abordant la question de la lutte contre les mutilations génitales féminines ou du mariage forcé soient ciblés par des groupes d’intérêt religieux.
Sécurité
Les journalistes sont régulièrement victimes d’agressions, d’arrestations arbitraires et de menaces. Ces atteintes se sont multipliées en 2024, dont la fin d’année a été marquée par l’enlèvement par des hommes armés du journaliste critique Habib Marouane Camara, toujours porté disparu. Les journalistes ayant une liberté de ton peuvent faire l’objet de menaces de mort, de menaces d’enlèvement et sont surveillés voire suivis par les autorités. Certains sont contraints à l’exil. Ces actes de violence restent dans l’immense majorité impunis. Les arrestations de professionnels des médias sont aussi régulières. Le secrétaire général du principal syndicat de la presse, Sékou Jamal Pendessa, a passé plus d’un mois en détention pour avoir voulu organiser une manifestation pour la liberté de la presse.
Niger : 120/ 180 avec un score de 46,02.
Le coup d’État de juillet 2023 a été le catalyseur d’importantes violations de la liberté de la presse dans le pays. L’environnement économique des médias s’est fortement dégradé.
Paysage médiatique
La fin du monopole d’État sur les médias en 1991 a favorisé le développement du paysage médiatique nigérien et permis l’arrivée des premiers hebdomadaires indépendants diffusés dans la capitale, Niamey, comme Haské, Le Républicain ou Le Démocrate. La première radio privée (R&M) et la première télévision privée (RTT) voient respectivement le jour en 1994 et 2000. En 2022, le pays comptait 67 radios privées, 198 radios communautaires ou associatives, 15 chaînes de télévision privées et 16 sites d’information. Libération, Tamtaminfo et NigerDiaspora comptent parmi les plus fréquentés.
Contexte politique
L’indépendance de l’information sur les chaînes publiques de télévision et radio n’existe pas, et elle demeure rare sur les chaînes privées. Le poids de l’ingérence éditoriale des autorités s’est accentué avec l’arrivée au pouvoir de la junte en juillet 2023. En janvier 2024, le ministère de l’Intérieur a retiré l’autorisation d’exercice de la Maison de la presse. Cette organisation faîtière des associations de journalistes a dénoncé les violations de la liberté de la presse aux premières heures du coup d’État. Depuis l’arrivée de la junte, les arrestations de journalistes se sont multipliées ainsi que les poursuites abusives contre eux pour des publications critiques sur l’armée ou le gouvernement.
Cadre légal
L’adoption d’un Code de la presse en 2010 a été une avancée majeure pour la protection des journalistes, mettant fin aux peines privatives de liberté pour les délits de presse. Pour autant, cette loi plus protectrice est régulièrement contournée. Certains journalistes sont encore arrêtés, voire condamnés à des peines de prison pour leurs enquêtes sur des faits de corruption. La modification de la loi sur la cybercriminalité, signée en juin 2024, rétablissant les peines d’emprisonnement en cas de diffamation ou de diffusion de données de nature à troubler l’ordre public commises par voie électronique, est régulièrement utilisée pour réprimer et détenir des journalistes.
Contexte économique
L’environnement économique au Niger favorise les médias publics, qui bénéficient du soutien de l’État alors que les organes privés souffrent d’une grande précarité économique. La chute des recettes, avec le manque d’annonceurs et les faibles ventes, ainsi que les coûts élevés de l’impression et le développement des réseaux sociaux menacent la survie des journaux. Nombre d’entre eux disparaissent. Les radios privées n’échappent pas à cette fragilité, et seules quelques chaînes de télévision arrivent à tirer profit du marché publicitaire. Cette précarité financière fragilise aussi les journalistes, exposés à la corruption.
Contexte socioculturel
Musulmane et traditionnelle, la société nigérienne accepte difficilement de débattre de faits religieux dans les médias et de certains sujets de société tels que la sexualité, l’accès aux contraceptifs et l’adultère. L’autocensure concernant ces sujets est systématique. L’accès aux informations concernant le terrorisme ou des sujets liés aux migrants se révèle très difficile.
Sécurité
Les attaques et menaces envers les journalistes, mais aussi les détentions arbitraires se sont multipliées depuis l’arrivée au pouvoir de la junte : des atteintes à la liberté de la presse ont été observées dès juillet 2023 avec des attaques contre des journalistes locaux et internationaux. Les signaux de RFI et France 24 ont été coupés une semaine après le coup d’État. Des journalistes de médias internationaux ont été ciblés par des attaques. La journaliste nigérienne Samira Sabou est restée en détention secrète pendant huit jours en septembre 2023, notamment pour “diffusion de données de nature à troubler l’ordre public”.
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