
Notre raison d’être
L’air du temps actuel charrie beaucoup trop de populisme, d’extrémisme, de violence, de nationalisme, de souveraineté (de plus en plus galvaudée), de fake-news. C’est un vent (plutôt un foehn) chargé d’éléments corrosifs. Un roulis qui propulse dans un abîme d’intox, de fake news, de théories complotistes. Un gravât de désinformation, mal information qui submerge la bonne information l’empêchant de remonter à la surface. L’ère que vit la presse ici et là est mue par des courants liberticides, sous la férule des pouvoirs autocratiques, qui, paradoxalement, aiment être adoubés par des médias. Ils aiment être couverts de panégyriques plutôt que d’accepter la presse jouer son rôle de contrôle de l’action publique. Devant un tel rôle asymétrique, elle se révèle une sève. Celle qui nourrit la plante nutritive ou vénéneuse. Les médias sont, en cela, indispensable à toute organisation sociale.

Il est de plus en plus constant voire inquiétant que la balance se penche inexorablement vers les pouvoirs frileux des journaux critiques. Des régimes de plus en plus enclins aux lois liberticides. Des forces obscures qui poussent une sorte de pierre tombale sur les médias critiques, surtout sur le journalisme d’enquête. Ce genre qui essaie, sur des chemins abrupts, des fatras de fake-news, d’influenceurs (de véritables colporteurs de contre-vérités, de théories absurdes), de sortir du couvercle et d’ouvrir les yeux aux populations, de leur révéler ce qui est caché, d’être la voix des sans voix. La lutte pour la survie du journalisme de qualité à travers la grisaille actuelle se trouve être existentielle. Car…
…« Si nous nous couchons, nous sommes morts »
Cette assertion de l’illustre Professeur d’histoire Joseph Ki-Zerbo, sied dans l’air du temps actuel, aux journalistes. Un monde dans lequel femmes et hommes de média sont condamnés à être des griots des pouvoirs autoritaires où à disparaitre. La presse se trouve donc sur une ligne de crête face à la déferlante des vagues de plus en plus hostiles à sa mission d’informer. Mais elle doit maintenir la flamme de la mission qui est la sienne. Avec plus du professionnalisme. Et rien qu’avec plus de professionnalisme, elle doit être ce phare qui oriente les navires perdus dans la brume ou dans la houle. Aussi doit-elle être cet éclairci qui surgit quand tout semble s’obscurcir. C’est cette noble mission qui a guidé Togo Reporting post, un consortium de journalistes mordus d’investigation.
L’invocation du nom peut résonner comme une génération spontanée. Un consortium sorti de nulle part. Mais on peut avancer sans prétention que c’est un bébé né avec des dents.

En effet, à son stade embryonnaire, elle a participé à la grande enquête Pandora papers. Togo Reporting Post posait ainsi les jalons de son ambition. Celle de contribuer à côté d’autres structures, à faire rayonner le journalisme d’enquête au Togo et dans la sous-région. Cette première expérience passionnante et enrichissante donne lieu à d’autres collaborations. La passion grandissante ouvre alors la voie à des partenariats, à des ambitions et surtout à des défis. Un challenge que veut relever la jeune équipe de Togo Reporting Post à travers des Investigations, Fact checking, Data journalism, Journalisme de solution, Reportages ou Fixing entre autres. Elle ambitionne d’être la voix, des voix étouffées, de pratiquer avec professionnalisme le journalisme.
La passionnante aventure n’occulte pas, bien entendu, les risques du métier. Ils sont légion et font très souvent froids dans le dos. Les sorts réservés à Jamal Khashoggi, Daniel Pearl, Norbert Zongo, Ahmed Husein, Martinez Zogo, attestent le chapeau noir bandé de rouge qui plane, en tout lieu et en tout temps sur la presse. Sans oublier les confrères poussés à l’exil, jetés en prison, enlevés, retrouvés morts, décédés après leur sortie de prison. La liste macabre reste encore longue. Mais ces crimes contre la presse ne doivent pas nous dissuader. Au contraire. Car si nous nous couchons, non seulement nous sommes morts, mais le monde aussi croule. Voilà notre raison d’être dans le monde.
Anani GALLEY
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