
Plage de Lomé : étreinte mortelle des déchets plastiques
Une bande de terre sablonneuse bordée de cocotiers s’étirant à perte de vue. Sous ces arbres fruitiers, deux mondes se côtoient : des bars et des abris de fortune. Ses visiteurs et occupants ne sont pas que submergés par l’air frais de la mer, ils sont aussi envahis par l’odeur nauséabonde d’un « marais » de la plage et des déchets plastiques.
Les effluves répulsifs
Un dimanche à la plage de Lomé. Avril 2024. Dans la lumière dorée du soleil matinal, la plage de Lomé semble être un paradis tropical, avec ses cocotiers ondulant au gré du vent et ses eaux scintillantes qui invitent à la baignade. Mais sous cette façade idyllique se cache, l’horreur, un problème croissant : la pollution plastique et ses immondices.
Au fil des ans, les vagues ont apporté sur les rivages de Lomé une marée incessante de déchets plastiques, ternissant la beauté naturelle de cette étendue côtière. Des bouteilles en plastique écrasées aux sacs en plastique flottant dans les eaux des marres, la plage de Lomé est devenue un triste témoignage de la crise de la pollution plastique. La situation devient intenable surtout en saison pluvieuse. Autrefois, on pouvait se promener le long de la plage et profiter de sa splendeur sans être gêné par les déchets ; maintenant, ce n’est plus cas, la plage est constamment prise dans les débris plastiques.
La plage de Lomé est confrontée à une situation critique en raison de la pollution plastique. Cette pollution représente une menace sérieuse et potentiellement mortelle pour l’environnement, la faune marine et les habitants locaux. La situation étant urgente, il faut agir rapidement pour y remédier.

Boulevard du Mono. Au bord de cette Nationale N°2, un immeuble de vente de tissus pagnes : Fontana. Il n’est pas loin de l’hôtel Palm Beach qui cherche désespérément preneur. En face de l’édifice commercial, un parking de lavage auto-moto derrière duquel se trouve un tunnel « échoué » sur la plage. Tel un boyau qui expédie des excréments, le canal déverse des immondices. C’est un conduit d’égouts. Il sert aussi à drainer l’eau des lagunes en période de crues vers l’océan. Mais le rejet stagne, faute peut-être d’un bon système d’évacuation. Il forme un lac infect à cet endroit de la plage à quelques mètres du bar « Prinz Lorenzo ».

Crottes, crocodiles…
C’est une marre qui rogne sur une bonne partie de la plage. Face à la mer, elle donne l’image d’une bouche faisandée de laquelle sort une bave sale et pestilentielle. Sa surface verdâtre est truffée des sachets plastiques et de toutes sortes de déchets. Ses abords offrent un spectacle affreux. Des déjections humaines jonchent le sol. Le cambouis exhale une odeur insupportable pour son entourage. « Les odeurs horribles nous parviennent », avoue Messan Miheaye Koffi, un conducteur de taxi à une petite gare routière informelle installée sur les accotements du boulevard. « Naturellement l’odeur dégagée par l’égout nous indisponible. Elle nous étouffe. C’est insupportable en saison pluvieuse », renchérit le responsable du parking de lavage.
Interrogés, des riverains affirment prendre de temps en temps des initiatives qui les soulagent par moment de ses effluves pestilentiels de la plage. « Cette situation nous amène souvent à entretenir nous-mêmes ce lieu. Nous posons des panneaux d’interdiction pour dissuader ceux qui viennent déféquer aux abords de l’étang », nous fait savoir le chauffeur. Mais la dissuasion ne produit pour le moment pas d’effets. La plage continue de présenter à cet endroit une laideur malgré les entretiens des agents de nettoyage. « Il y a deux mois je n’ai plus vu des agents de nettoyage et la plage est de plus en plus vilaine et puante », nous confie notre interlocuteur. Le chauffeur interpelle les autorités afin qu’elles dotent « leur plage de latrines publiques comme celles de la gare routière de Hollando », située sur la nationale N°2.

En plus d’être un lac infect, le lieu a été, selon Messan, un jour le théâtre d’étranges découvertes. De curieux visiteurs ont été aperçus. Des crocodiles ont été vus sur la plage ! C’est ce qu’affirme le chauffeur. Ce jour-là, raconte-t-il, « nous avions entendu des bruits étranges de crissement de dents venant de la berge. Lorsque nous nous sommes rendus sur le lieu, nous avons découvert des crocodiles en train de rabattre incessamment leurs longues mâchoires. Ils étaient au nombre de trois ou quatre ».
D’après toujours le conducteur, « les gavials ont fui la chasse dont ils sont victimes au niveau de la lagune de Bè. Ils se sont probablement retrouvés dans le courant d’évacuation d’eau sale du canal qui les a emportés et propulsés vers la plage ». « Depuis ce jour on n’a plus revu de crocodiles », avoue-t-il. Mais cet endroit continue d’être répulsif créant un problème environnemental.
La déferlante toxique
L’aspect laid que présente cette partie de la plage pose un énorme problème environnemental. Il est surtout inquiétant à cause des plastiques en surface du « marais » pestilentiel. Comme le souligne Dr Germain Bleza, spécialiste en hydrogéologie. « L’utilisation des plastiques affecte dangereusement la ville car ils donnent naissance à des déchets variés potentiellement toxiques qui ont maintenant envahi la totalité des enveloppes superficielles ; les surfaces continentales, les eaux douces, l’atmosphère et les océans », fait-il observer.
En effet selon toujours l’hydrogéologue, « tous les rejets plastiques déversés à la surface de l’océan ou des mers flottent et sont entraînés sur de grandes distances par les courants marins ». Il explique : « Les déchets flottant en surface sont soumis à une dégradation mécanique sous l’effet des vagues et physicochimique sous l’effet du rayonnement solaire. Les microplastiques et nano plastiques issue de cette dégradation rejoignent ainsi le cycle biogéochimique en suspension dans la mer, où ils peuvent être ingérés par toute faune sauvage, zooplancton et vertébrés marins ».
AADIA prend le problème
Les autorités locales reconnaissent le problème. Mais des solutions durables peinent à être trouvées, mêmes si sporadiquement, des campagnes de nettoyage sont organisées mobilisant des volontaires pour ramasser les déchets échoués. Ces efforts ne font que gratter la surface du problème, car de nouveaux déchets continuent d’arriver chaque jour avec les marées. Puisque mal contrôlés.
Pourtant, il y a de l’espoir, avec AADIA (Association des acteurs du développement intégral de l’Afrique) qui dans ses plans d’action envisage des initiatives, visant à sensibiliser la population à la réduction de l’utilisation du plastique et à encourager le recyclage. Elle compte se lancer dans la fabrication de produits écologiques et collaborer avec les communautés locales et d’autres acteurs pour développer des solutions innovantes de gestion des déchets.
Pour limiter la pollution, l’hydrogéologue, Dr Germain Bleza, également membre de AADIA, préconise la nécessité « d’entreprendre simultanément des actions citoyennes à tous les niveaux de responsabilité de la chaine production-utilisation pour aller une économie circulaire en plastiques ». C’est cette démarche que s’inscrit cette association dont il est membre. Elle accompagne les autorités dans la gestion des déchets plastiques. Toutefois, s’il est difficile voire vain de vouloir les supprimer les plastiques, des actions peuvent contribuer à l’endiguer.
AADIA incite les citoyens à pratiquer un tri efficace après usage à travers sensibilisation sur les enjeux écologiques. Elle encourage également le recyclage en circuit court des plastiques usagés en vulgarisant des procédés manuels de recyclage auprès des établissements scolaires, des associations, des collectivités, des entreprises et du grand public. Aussi crée-t-elle des unités de tri et de recyclage des déchets plastiques sur l’ensemble des 117 communes que compte le Togo, entre autres.
Selon Dr Germain Bleza, au Togo, on observe de plus en plus une situation dégradante et inquiétante de la plage en saison pluvieuse. Cela est due à la présence de déchets plastiques dans l’environnement. L’utilisation des plastiques affecte dangereusement la ville. Elle engendre diverses sortes de déchets potentiellement toxiques qui envahissent les surfaces continentales, les eaux douces, l’atmosphère et les océans.
D’après ce spécialiste, la production annuelle des plastiques est passée de 1,5 millions de tonnes à plus de 350 millions. Ils sont produits massivement pour une utilisation très courte souvent inférieure à un (01) an.
Les dangers des déchets plastiques selon Dr Germain A. BLEZA, hydrogéologue
Le plastique est essentiellement composé de matrice qu’on appelle généralement polymères, à laquelle sont ajoutées les charges (minérales (Carbonate de calcium, oxydes métalliques) ; organique (Bois, cellulose, amidon) et les fibres (verre)) et les additifs (phtalate).
Les plastiques sont devenus indispensables et leur production annuelle mondiale est passée de 1,5 millions de tonne à plus de 350 millions de tonnes aujourd’hui. Difficile à recycler et difficilement dégradable, ils sont une source de pollution pour l’environnement dès lors qu’ils sont produits massivement pour une durée d’utilisation très courte, souvent inférieure à un an ou à usage unique. Considérés comme déchets, ils sont jetés dans la nature. Une grande partie des déchets plastique est rejeté dans l’environnement où, ils se dégradent et polluent les continents, les eaux douces et les océans et atmosphère. Quelles en sont alors des conséquences sanitaires et environnementales en milieux continental et marin ?
Conséquence sanitaire et environnementale en milieu continental
Les déchets plastiques mal contrôlés sont transportés par les vents et les eaux douces, où ils subissent une première étape de fragmentation mécanique. Dans les sols, leur altération par des processus physiques, chimiques et biologiques provoque le relargage de divers composés chimiques comme les matériaux de charge, les additifs et leurs produits de dégradation ainsi que les produits qu’ils ont adsorbés, notamment des métaux ou des polluants organiques. Ces divers composés chimiques modifient la géochimie des sols (Fuller and Gautam, 2016). Enfouis dans les sols, ils perturbent également l’activité microbienne et, en milieu poreux, migrent en profondeur jusqu’à la nappe phréatique. La consommation de eaux des nappes par la population pourrait provoquer des pathologies chez les humains, notamment le cancer et les maladies respiratoires. Les déchets plastiques sont également imperméables, ils réduisent alors le pourvoir d’infiltration des sols, entrainant la réduction de la capacité de recharge des nappes.
Conséquence sanitaire et environnementale en milieu océanique,
Tous les rejets plastiques déversés à la surface de l’océan ou des mers flottent et sont entraînés sur de grandes distances par les courants marins. Les déchets flottant en surface sont soumis à une dégradation mécanique sous l’effet des vagues, et physicochimique sous l’effet du rayonnement solaire. Les microplastiques et nano plastiques issue de cette dégradation rejoignent ainsi le cycle biogéochimique des particules en suspension dans la mer, où ils peuvent être ingérés par toute la faune sauvage, zooplancton et vertébrés marins. L’ingestion des fragments provoque des blessures internes ou bloque la digestion, augmentant morbidité et mortalité des espèces marines.
De plus, les animaux se blessent, se noient ou meurent d’épuisement ou d’inanition en se retrouvant prisonniers d’enchevêtrements de macrodébris.
Par ailleurs, les plastiques transportés par les courants marins constituent également un support pour une flore microbienne dont on ignore le degré de pathogénicité (Burns et Boxall, 2018).
Au Togo, on observe une situation dégradante et inquiétante de la plage, surtout en saison des pluies due à la présence de déchets plastiques dans l’environnement. L’utilisation des plastiques affecte dangereusement la ville car ils donnent naissance à des déchets variés potentiellement toxiques qui ont maintenant envahi la totalité des enveloppes superficielles ; les surfaces continentales, les eaux douces, l’atmosphère et les océans. Les plastiques sont utiles et il serait vain de prétendre les supprimer. Pour limiter la pollution il est nécessaire d’entreprendre simultanément des actions citoyennes à tous les niveaux de responsabilité de la chaine production-utilisation pour aller vers une économie circulaire en plastiques. C’est dans ce cadre que l’Association des Acteurs du Développement Intégral de l’Afrique (AADIA) se penche sur cette problématique pour accompagner l’Etat togolais dans la gestion des déchets plastiques. AADIA se penche sur des efforts individuels et collectifs. Il s’agit de :
- Inciter les citoyens à pratiquer un tri efficace après usage à travers les sensibilisations sur les enjeux écologiques ;
- Encourage le recyclage en circuit court des plastiques usagés en vulgarisant des procédés manuels de recyclage auprès des établissements scolaires, des associations, des collectivités, des entreprises et du grand public ;
- Créer les unités de tri et de recyclage des déchets plastiques sur l’ensemble des 117 communes que compte le Togo
- Encourager les industriels à conduire une recherche de rupture pour remplacer les plastiques de commodité par des polymères facilement dépolymérisables par des voies chimiques et/ou biodégradables ;
- Mettre au point de nouveaux produits facilement recyclables.
Alors que le soleil se couche sur la plage de Lomé, illuminant le ciel de teintes chaudes, il est clair que la lutte contre la pollution plastique est un défi de taille. Mais avec une action collective et une prise de conscience croissante. Il est possible de restaurer la beauté naturelle de cette plage et de protéger les océans pour les générations à venir.
A l’occasion du 08 juin 2024, journée mondiale de l’océan, AADIA veut « naviguer vers l’avenir » sur les plages togolaises. L’association présidée par Dr Anastasia Poromna envisage initier une action citoyenne Plage propre. Elle compte mobiliser et impliquer une centaine de volontaires togolais à cet effet.
Anani Galley
Source : De CIVE du 08 mai 2024
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